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Flore

Flore

Une ode à la vie et à l’amour !

Flore est un plaidoyer pour vivre autrement la maladie d’Alzheimer …

« – Quel jour sommes-nous ? Qui est le président de la République ? »

En novembre 2004, tout commence par des questions et rapidement tombe le diagnostic : Flore, artiste peintre tout juste septuagénaire, est atteinte de la maladie d’Alzheimer. Ses peintures changent, deviennent plus sombres ou enfantines. Les médecins préviennent ses trois enfants, Jean-Albert, Véronique et Léonard : il faudra trouver un établissement susceptible de la recevoir. Après avoir tenté plusieurs solutions, en avril 2009, la fratrie s’y résigne. La descente aux enfers se poursuit inexorablement : des journées passées à somnoler, une agressivité de plus en plus marquée, des comportements étranges, à la lisière de la démence. Dans une deuxième institution, Flore ne mange plus, ne marche plus, mais continue d’être agressive. La direction recommande à la famille un « espace sécurisé ». Mais les enfants refusent cette mort annoncée entre quatre murs. Les aînés décident d’installer leur mère dans sa maison de Lumio, en Corse où Véronique vit et où Jean-Albert s’établit.

Une renaissance inattendue

Le récit de l’évolution d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer est jalonné d’altérations irréversibles de la mémoire, mais aussi de perte d’autonomie dans les gestes du quotidien et du déclin des interactions avec l’entourage jusqu’à généralement un total repli sur soi. Pour Flore, c’est une tout autre histoire, celle d’une renaissance inattendue. Ramenée dans des lieux qu’elle a toujours aimés, entourée de ses proches et de personnes compétentes, cette femme retrouve le sourire, s’apaise, parvient à se nourrir. Arrivée grabataire en septembre 2010, elle fait quelques pas au bout de quelques semaines, avant de pouvoir marcher à nouveau sur les sentiers corses – et même de nager un an plus tard.

Un autre éclairage sur la maladie

Réalisateur, Jean-Albert Lièvre n’avait pas l’intention de tourner un film sur sa mère. Il la filme d’abord pour montrer aux neurologues ses comportements étranges et demander que son traitement soit adapté. Des images dérangeantes et qui peuvent poser un problème éthique si l’on considère qu’elle n’a pas donné son consentement pour être filmée. Mais ces images témoigneront spectaculairement du chemin parcouru, dans un documentaire si personnel que son réalisateur a hésité jusqu’au bout à le montrer. Pourtant, ce travail apparaît, au final, comme une ode à sa mère. En Corse, il la filme plus souvent, frappé par la beauté de ses progrès. Même si elle ne retrouve pas l’usage de la parole, Flore impressionne par sa présence et son regard. Certes, les moyens, le temps et l’énergie mobilisés pour elle ne sont pas accessibles à tous. Néanmoins, le magnifique film de Jean-Albert Lièvre, tant sur le fond que sur la forme, dédramatise la maladie sur laquelle il apporte un autre éclairage. 850 000 personnes sont aujourd’hui atteintes d’Alzheimer en France.

Corinne Renou-Nativel (Journaliste et critique de cinéma à La Croix)

Un témoignage indispensable

Au travers d’un récit de vie et d’un combat à la conquête d’une liberté, ce portrait intime d’une femme, semblable à tant d’autres, permet d’envisager sous un angle inédit notre approche de la maladie.

Jean-Albert Lièvre ne s’est pas résolu à la fatalité d’un anéantissement qui trop habituellement impose ses règles et son inhumanité. Dans un acte d’amour ultime et de compassion, il a mobilisé tous les moyens à sa portée afin de proposer un autre destin à sa mère enfermée dans les dédales et l’obscurité d’un monde sans horizon.

Flore restitue sous la forme d’un documentaire à la fois tendre et juste, l’évolution au jour le jour de Flore, avec ces moments incertains et parfois douloureux d’apprentissage, de reconquête et de renouveau. Il ne s’agit pas seulement de démontrer qu’un environnement aimant, attentionné et compétent contribue à défier la maladie et à inverser les logiques. Mais aussi de donner à comprendre que le regard que l’on porte sur l’autre, trop souvent relégué dans l’exil d’une maladie assimilée à la démence, contribue à retrouver le chemin d’une créativité dont ne soupçonne pas toutes les ressources.

Flore constitue un témoignage fort et bouleversant. Certes, des moyens significatifs sont mobilisés pour servir aux mieux un projet de vie, mais ce qui apparaît essentiel dans ce message, c’est comment l’humanité des présences et l’intelligence des volontés permettent d’envisager des possibles que l’on aurait pu penser hors d’atteinte. Résister au déclin inexorable et au deuil d’une identité que dissipent les brumes de la maladie, c’est adopter la seule position qui vaille afin de ne pas désespérer. D’autres se retrouveront dans ce récit de vie, qui eux aussi, comme ils le peuvent et trop souvent sans disposer des moyens et des soutiens indispensables, ne se sont pas résolus à délaisser l’être cher et l’accompagnent avec dignité.

Flore impose à tous une réflexion politique urgente : quelle sollicitude témoigne-t-on aujourd’hui à ces femmes et ces hommes plus vulnérables que d’autres car entravés dans leur autonomie ? Doit-on renoncer, par négligence, faute d’y accorder l’attention nécessaire et des financements ajustés aux besoins, aux valeurs d’humanité et de justice qui fondent l’idée de démocratie ?

Une concertation s’impose aujourd’hui afin d’inventer ensemble une société qui reconnaisse enfin sa juste place à la personne affectée par la maladie d’Alzheimer comme à ses proches. Flore apporte au débat un témoignage indispensable.

Emmanuel Hirsh (Professeur d’éthique médicale, Université Paris Sud)

Le temps d’une soirée, interrogeons-nous :

Jusqu’où sommes nous prêts à aller pour accompagner nos parents dépendants ?

Afin de connaitre les lieux, les dates et les divers intervenants de chacune des soirées Habemus, rendez-vous dans l’onglet « Saison », « Saison 2015-2016 ».

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