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Tel père, tel fils

Tel père, tel fils

« … des hérédités contrariées … »

Prix du jury et mention spéciale du jury du prix œcuménique lors du dernier Festival de Cannes, ce film sensible s’interroge avec intelligence sur la force du lien filial.

Voilà un bien beau film qui, lors du dernier Festival de Cannes, offrit un moment de pause au milieu des fureurs de la compétition. Après Nobody KnowsStill WalkingAir DollI Wish – Nos vœux secrets, le délicat Hirokazu Kore-Eda revient sur les thèmes du lien filial et de l’enfance, chers à son cœur et si présents dans son œuvre.

Né en 1962, devenu père d’une petite fille il y a quelques années, le réalisateur met en scène un architecte d’une quarantaine d’années, Ryoata, très investi dans son travail et comptant sur son épouse, mère au foyer, pour veiller à la bonne éducation de leur fils unique.

Âgé de 6 ans, leur garçon est inscrit dans une bonne école et participe à des activités d’éveil en compagnie d’autres enfants triés sur le volet. Tout se passe, pourtant, comme s’il ne saisissait pas vraiment la chance qui lui est offerte – ce que le père, battant, met sur le compte du tempérament de sa femme.

LA FAMILLE BOULEVERSÉE

Un appel téléphonique de la maternité où l’enfant a vu le jour vient soudain bouleverser les fondements mêmes de la famille. Après des explications très embarrassées, les responsables de l’établissement expliquent aux parents du garçon, en présence d’un autre couple venu de la campagne, qu’un malencontreux échange de bébés à la naissance a conduit chaque famille à élever le fils de l’autre.

Incrédulité. Stupeur. Révolte. Passé le choc de cette annonce, les deux familles, si différentes soient-elles (l’autre père est un petit électricien fantasque et débonnaire), entreprennent tant bien que mal de se rapprocher, dans le but de procéder, après un long temps d’acclimatation, à un nouvel échange.

UNE RÉFLEXION SUBTILE SUR LA TRANSMISSION

À travers cette trame de fait divers, dont il n’abuse pas du point de vue de l’intrigue, Hirokazu Kore-Eda s’interroge sur la nature et la force du lien filial – plus précisément, de paternité. Avec, en guise de pierre d’achoppement, cette vertigineuse question : qu’est-ce qui transforme un homme en père ? Qu’est-ce qui prime, du lien du sang ou du temps passé à nouer une relation affective ? Que transmet-on réellement ? Comment ?

Le cinéaste dit s’être inspiré de faits divers remontant au grand boom des naissances, dans les années 1960, pour bâtir son film, néanmoins ancré dans le Japon d’aujourd’hui. Au-delà du cadre choisi pour le récit, ce qu’il y met de substance est à la fois très personnel et parfaitement universel.

Les images à l’élégance soignée, l’interprétation tout en retenue, les situations abordées en affleurements successifs, la musique de Bach (à travers les Variations Goldberg interprétées par Glenn Gould) forment une œuvre subtile, intelligemment bouleversante, qui multiplie les possibles en se gardant bien d’asséner des réponses.

ARNAUD SCHWARTZ (Journaliste et critique cinéma au journal « la Croix »)

23 décembre 2013

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